Janvier : L’hospitalité de la vie
Par Louise de Brecilien le mardi 1 janvier 2008, 08:32 - Un mois, une histoire - Lien permanent

Franchir le seuil
Le mois de janvier nous convie au seuil d’une nouvelle année. Le seuil de la maison est un espace sacré. Il marque la limite entre notre intérieur et le vaste monde. Il ouvre un espace entre ces 2 mondes entre lesquels peut se manifester l’Autre Monde. Ainsi l’entrée dans une nouvelle année, nous invite, si nous ne l’avons pas déjà fait, à aménager un espace sacré dans nos vies, à accorder un peu de place au merveilleux.
L’hospitalité de la vie
Finn et ses compagnons marchaient depuis
quelques heures dans la forêt, dans des paysages froids et blancs. Le
brouillard se levait, les chiens, Bran et Scolan allaient de l’avant. Quant
tout à coup, ils se mirent à aboyer et revinrent vers leur maître. Dans les
volutes de brumes se dressait une énorme silhouette. C’était un géant, il
venait à leur rencontre pour leur indiquer le chemin.
Dès que la compagnie se mit à nouveau en marche pour suivre le rustre, la brume se dissipa et ils se trouvèrent bientôt devant une jolie maison où l’été avait été épargné. Elle était en effet entourée d’une pelouse verdoyante. La porte s’ouvrit et un vieil homme chenu les accueillit. Ils entrèrent dans la maison au centre de laquelle brûlait le feu. Le géant jeta un morceau de porc dans un chaudron qui se mit à bouillir. Une assemblée des plus étranges se tenait déjà là autour du feu. Il y avait un paysan aux cheveux gris, avec douze yeux miroitant sur la surface de son corps, une jeune fille dont la beauté irradiait comme un soleil et un énorme bélier au poitrail blanc.
Le vieil homme bouscula le géant
« Mais qu’attends-tu pour servir nos invités ? »
Le géant bougea sa carcasse mollement tout en grommelant entre ses
dents
« Je dois toujours donner et je ne reçois rien ».
Cependant, il entreprit de découper la viande de porc. C’est à ce moment là que le bélier choisit de charger l’assemblée et s’empara de la viande. Il se mit à manger dans un coin de la chaumière. Finn et ses compagnons se levèrent pour frapper du plat de leurs épées le bélier. Celui-ci continuait à mâcher bruyamment et de plus bel, tout en ignorant les coups des guerriers. L’homme aux douze yeux excédé, se leva brusquement et réussit sans la moindre difficulté à écarter le bélier, qu’il jeta dehors.
Les invités purent ainsi prendre leur
repas dans le calme et la sérénité. Mais Finn et ses compagnons n’étaient pas
au bout de leur peine. Ils allèrent se coucher et tombèrent immédiatement dans
un profond sommeil. Mais, tour à tour, ils furent réveillés par la jeune fille.
Elle était allongée sur une botte de paille, de son corps dégageait une telle
lumière que l’un après l’autre, les compagnons de Finn se mirent à ramper vers
elle et voulurent s’étendre auprès de ce radieux soleil.
« Pourquoi viens-tu ? Souffla t-elle, j’ai déjà été tienne, il est trop tard maintenant »
Chaque compagnon revint ainsi à sa couche dépité par la réponse de la jeune fille.
Au petit matin, quand ils se réveillèrent, la curieuse assemblée avait disparue. Seul restait le vieil homme. Tout en remuant les braises du foyer, il s’adressa aux guerriers.
« Vous êtes surement étonnés par ce que vous avez vu dans cette maison. Alors je vais vous en donner la signification : le géant est la Paresse, l’homme aux douze yeux est le Temps. Le bélier qu’il a jeté au dehors sans difficulté est le Désir. Le Désir qui cherche toujours à se satisfaire mais le temps met fin à tout Désir. Quant à la jeune fille vous l’avez tous rencontrés puis abandonnés, vous avez même su son nom. Elle s’appelle la Jeunesse. Mais en accueillant chaque instant de la vie sans jamais rien attendre ou retenir vous serez dans l’éternité du présent. »