Mars: La voix du Ninian
Par Louise de Brecilien le mardi 4 mars 2008, 10:31 - Un mois, une histoire - Lien permanent
Avec le mois de mars la beauté radieuse de
Brigit croit et le 21 mars est fêté l’équinoxe de printemps où le jour est égal
à la nuit. La chandelle qui éclairait nos veillées contes de l’hiver est rangée
et le feu dans l’âtre s’éteint doucement. Désormais chacun de nous peut vivre
au rythme du soleil et la terre se prépare à être ensemencée. Ces premiers
sillons nous permettent de préparer l’espace et le temps de notre jardin
intérieur.
Le Ninian est une charmante petite rivière, elle marque la limite occidentale de la forêt de Brocéliande. Bien souvent elle est contemplée du haut des Rochers de la Ville Bouquet au sud de Ploërmel, là où elle flirte avec l’Yvel avant de se jeter dans les bras de l’Oust non loin de Montertelot. Ninian est bien sur un des noms secrets de Viviane. Temps où l’eau était considérée comme la demeure de la sagesse, où chaque source avait sa prêtresse.
Il y a bien longtemps de cela quelque
part en terre celtique se trouvait une riche contrée. Sur celle-ci se trouvait
une source gardée par des demoiselles. Les voyageurs y trouvaient auprès
d’elles la paix, la quiétude et la sérénité avant de reprendre le chemin.
Gardiennes de ce lieu, l’homme devait respecter une seule courtoisie, respecter
l’intimité de ses jeunes filles lors de leurs toilettes sacrées.
Malheureusement le charme fut brisé par un roi, poussé par la curiosité et le manque de confiance dans la générosité spontanée que pouvait prodiguer une terre sans rien demander en retour. Il les avait surprises ,cachées derrière un mur de végétation de ronces et de lierres. Il connut à ce moment là, la frayeur qui frôle la beauté et le mystère. Dans l’eau de la source, les demoiselles procédaient à leurs lustrations. Peignant leurs interminables chevelures couleurs de blé mûr, faisant ruisseler de l’eau sur les courbes blanches de leurs épaules et effleurant leurs seins ronds. Le roi ferma les yeux enivré par la scène et le chant que semblait entonner la source.
A les contempler, le roi se posa de graves questions sur la différence radicale qui sépare l’homme de la femme. Il fut contraint de reconnaître que le corps de l’Homme, son amour fait de désir, de force, de plaisir et de conquête ne suffiraient jamais à ces femmes, à la Femme. Car celles-ci avait soif d’autre chose, d’un au-delà du désir et du plaisir. Dans cette source, se croyant à l’abri de tout regard, ces femmes se passant l’une à l’autre la vasque d’or, le Graal, savourées un bain d’âme, c’était une effusion de tout l’être qui ne se limitait pas aux sens mais qui passait par eux.
De cet instant, le roi estimé, puissant
fut déchu : de la femme il ne saurait jamais rien. Insondable et fuyante
comme l’eau, elle lui échapperait toujours dans ce qu’elle recèle de plus
précieux. Aucune étreinte amoureuse ne dévoilerait ce secret. Alors le roi
commis l’innommable et s’empara de la coupe d’or. La source se tarit et la
contrée fut frappée de sécheresse. Cette terre était morte et déserte, la voix
de la source s’était éteinte.
Depuis le roi déchu est blessé, il se lamente et cherche avec ses compagnons le passage. Le chemin de cette contrée mystérieuse est peut-être encore accessible aux hommes du côté de Brocéliande, là où se franchit le Ninian.
Texte inspiré d’un ancien récit arthurien du Moyen Age intitulé l’Elucidation.