Juillet : Les temps changent
Par Louise de Brecilien le mardi 1 juillet 2008, 10:10 - Un mois, une histoire - Lien permanent
Le mois de juillet est le sommet de
l’été, en forêt de Brocéliande, les arbres soutiennent la voûte du ciel et nous
convient à pénétrer dans ces clairières sacrés. Chaque Maison de Lumière
accueille les visiteurs et la voix d’un conteur. L’histoire qui suit par son
titre « Les temps changent » fait référence à une manifestation
artistique « étangs d’arts » qui aura lieu du 7 juin au 20 septembre
2008. Treize installations d’œuvres éphémères dans la nature, sur les plans
d’eaux, « miroirs aux fées » de Brocéliande. Une incitation à
parcourir une nouvelle fois la forêt légendaire pour la découvrir d’une toute
autre manière.
Créations belles et humbles car elles sont soumises aux caprices des éléments, disposées à se laisser traverser par le temps, une autre façon d’aborder la terre de l’imaginaire.
La licorne vivait dans la forêt
légendaire de Brocéliande, en ce lieu l’été était toujours présent. Elle y
vivait seule sans se préoccuper du temps et de ses ravages. Elle était
maintenant très vieille bien qu’elle ne le sut pas. Sa robe n’avait plus la
couleur riante de l’écume de mer de Tyr na n’og mais plutôt celle de la neige
tombant au claire de lune. Depuis longtemps, on ne savait plus à quoi
ressemblait cet animal fabuleux sauf peut-être les enfants. Immortelle, elle se
savait très belle, créature magique, fille du vent et de la brume, elle
parcourait inlassablement Brocéliande. Elle y passait ses journées à se
promener parmi les grands chênes ou les landes. Elle veillait sur les animaux,
les sangliers comme les biches qui chassaient, aimaient, donnaient la vie puis
mourraient. La licorne ne pouvait faire aucune de ces choses, mais elle ne se
lassait jamais de les contempler.
Un jour, deux marcheurs, croisèrent son chemin. La licorne les suivit avec tant de discrétion que ces deux là ignorèrent sa présence. La vue de ces humains la remplissait d’une tendresse mêlée à de la peur. Elle les entendit dire que les licornes étaient parties depuis bien longtemps, si elles avaient d’ailleurs un jour existé. Mais pourquoi avaient-elles donc disparu ? Les temps changent, peut-être, notre époque n’est pas favorable aux licornes ? Serait-elle la dernière de sa race ?
Alors elle se mit sur le Chemin, elle courait de hameaux en villages, de landes rocailleuses aux champs labourés surgis de la roche pourprée. Un matin de très bonne heure, elle vit un homme qui taillait ses roses. Elle se tint immobile et le regardât œuvrer jusqu’à ce qu’il se redressât. L’homme sembla la voir.
- Oh ! Comme tu es ravissante, jolie petite jument blanche !
- Comment est-ce possible ? se demanda la licorne. Il ne me reconnaît point ! Il me confond avec autre chose ! Alors s’il ne fait pas la différence entre un cheval et une licorne ? à quoi ressemblent les hommes, les uns pour les autres ? Si les hommes ne reconnaissent plus ce qu’ils voient peut-être d’autres licornes parcourent le monde, ignorées et heureuses de l’être ?
Elle poursuivit le Chemin dans la forêt légendaire, en quête de l’Enchanteur.
- On m’a jeté un sort dit la licorne. On m’a toujours reconnue partout où je suis passée. Maintenant je ne suis qu’une image issue des rêves d’enfants.
Le vieil homme hocha doucement la tête
– Je comprends tout à fait ce que tu ressens licorne. Tu sais rare est l’homme qui est reconnu pour ce qu’il est vraiment. Dans ce monde, les méprises sont fréquentes. Mais moi, dès que je t’ai vue, j’ai su que tu étais une licorne. Rassures-toi, nous ne sommes pas toujours ce que nous semblons être, rarement ce que nous rêvons d’être. Cheminons un peu ensemble, veux-tu ? Les temps changent.