Le miroir maléfique

Il s’appelait Nicolas, et elle Gerda. Deux enfants qui s’aimaient. Ils passaient tout leur temps libre ensemble et pendant les jours de neige d’hiver, ils se réfugiaient auprès d’une grand-mère qui avait le don de rendre vivantes les images des livres et de raconter des histoires passionnantes.

Ils savaient donc par ces histoires qu’autrefois le Diable avait parcouru la terre avec un miroir déformant pour rendre laids et détestables les choses et les gens. Comme ce miroir avait été cassé, mille petits morceaux de verres s’étaient dispersés à travers le monde et s’étaient immiscés dans le cœur des Hommes. Les deux enfants savaient aussi que les flocons de neige avaient une Reine et ils rêvaient de la voir.

Or un jour, Nicolas reçut dans l’œil, un éclat de miroir. A partir de ce moment-là, il se détourna de Gerda. De plus en plus souvent, il préférait la compagnie des mauvais garnements du village. Dont le principal jeu consistait à attacher sa luge à une charrette ou à un traîneau et à se faire tirer sans fatigue sans que le conducteur bien sur s’en aperçoive.

La reine de cœur

Sur les toits givrésUn après-midi, Nicolas vit un superbe traîneau blanc conduit par un personnage tout emmitouflé dans des fourrures d’ours blanc. Fasciné, Nicolas finit par y attacher sa luge et ce fut le début d’un très long voyage. La ville de son enfance disparut bientôt. Nicolas voulut détacher sa luge, mais c’était peine perdue. Le traineau blanc l’entrainait toujours plus loin vers des contrées et dans des paysages inconnus. Quant l’attelage s’immobilisa et que le conducteur se retourna, Nicolas sut tout de suite que c’était la Reine des Neiges. Le voyant si faible et si perdu, la reine l’enveloppa dans l’une de ses fourrures et l’embrassa. D’abord il crut mourir de froid puis se trouva heureux. Bientôt il s’endormit, lorsqu’il se réveilla au matin, il était dans une superbe prison de neige. La reine lui donna pour jouer des petits morceaux de glaces en lui disant que s’il parvenait à former le mot « Eternité », elle lui accorderait la liberté ». Mais les glaçons étaient rebelles à ce mot et Nicolas ne guettait rien d’autre que la beauté de sa Reine.

Le miracle de l’amour

conte-noel_s2.jpgGerda avait cherché Nicolas et elle finit par arriver au palais de glace. Sa joie fut sans limites en revoyant Nicolas. Elle voulut l’embrasser, mais celui-ci resta impassible au contact de son étreinte. Alors elle se mit à pleurer tout en l’embrassant et une des larmes tomba dans l’œil mauvais de Nicolas entraînant le petit morceau de miroir et le visage grimaçant du diable. Alors Nicolas serra Gerda dans ses bras et ensemble, ils formèrent le mot « éternité » sans aucune difficulté. Car les glaçons se mettaient à danser et à s’assembler comme par enchantement selon leur désir.

Par un autre chemin

Ils se prirent par la main et s’en allèrent, sans attendre qu’on leur donne le monde. Ils retraversèrent les contrées et les paysages éloignés. La grande forêt était lavée de la neige. Partout les amis que s’était fait Gerda au cours de son voyage solitaire les accueillaient et leur procuraient chaleur et guide pour leur chemin. Enfin ils arrivèrent et s’aperçurent que le printemps les avait accompagnés. Ils traversèrent la ville en courant et se rendirent chez la grand-mère. La porte était ouverte au soleil, en passant le seuil ils virent qu’ils avaient bien grandi. Ils se regardèrent dans les yeux et se trouvèrent très heureux.

Gerda murmura à l’oreille de Nicolas
« Te souviens-tu, de ce temps où nous chantions : Passent les roses, vient Noël. »

D’après une légende populaire du vieux Danemark